Le paradoxe hydrique africain : avoir de l’eau ne garantit pas l’eau potable

Carte de l’Afrique illustrant le paradoxe hydrique africain et l’accès à l’eau potable.

À l’occasion de la Journée africaine de l’eau, une question se pose : un pays qui dispose de ressources renouvelables importantes fournit-il nécessairement une eau potable sûre à sa population ?

La réponse des données est non.

L’analyse met en regard deux indicateurs officiels pour les pays africains :

    • les ressources renouvelables internes en eau douce par habitant ;

    • la part de la population utilisant un service d’eau potable géré en sécurité.

Les 54 pays africains ont été recherchés. Les deux indicateurs sont disponibles pour 29 pays et permettent une comparaison sans estimation.

 

 

 

Le résultat principal

Dans cet échantillon, la corrélation entre les ressources renouvelables internes par habitant et l’accès à une eau potable gérée en sécurité est faible et négative : r = -0,245.
Autrement dit, les pays qui disposent de davantage de ressources en eau par habitant ne sont pas nécessairement ceux où la population bénéficie du meilleur accès à une eau potable sûre.
La ressource naturelle et le service d’eau ne recouvrent pas la même réalité.

La première mesure une disponibilité physique.

Le second dépend notamment des infrastructures, de la gestion, de la qualité, de la continuité du service, du financement et de la gouvernance.

 

Quelques chiffres clés

    • En République centrafricaine, 27 658 m3 d’eau renouvelable par habitant sont comptabilisés en 2022, mais seulement 6,2 % de la population utilise un service d’eau potable géré en sécurité en 2024.

    • En Sierra Leone, les ressources atteignent 19 331 m3 par habitant en 2022, tandis que l’accès à un service d’eau potable géré en sécurité concerne 10,9 % de la population en 2024.

    • En République du Congo, les ressources s’élèvent à 36 785 m3 par habitant en 2022, contre 45,9 % de la population utilisant un service d’eau potable géré en sécurité en 2021.

    • À l’inverse, le Maroc présente 777 m3 par habitant en 2022, mais 80,0 % de la population utilise un service d’eau potable géré en sécurité en 2024.

Ce que montre la carte

La carte croise les deux indicateurs. Les couleurs combinent le niveau de ressources renouvelables par habitant et le niveau d’accès à l’eau potable gérée en sécurité.

Les pays sans les deux données sont affichés en gris et ne sont pas comparés.
Elle fait apparaître une idée simple : la présence d’eau dans l’environnement ne suffit pas à garantir un service d’eau potable pour les populations.

Question pour l’action publique


Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de disposer d’eau, mais de transformer cette ressource en un service accessible, continu et sûr.

Sources et méthodologie


Les ressources renouvelables internes en eau douce par habitant proviennent de FAO AQUASTAT, diffusées par la Banque mondiale sous l’indicateur ER.H2O.INTR.PC.

Les données disponibles dans la collecte sont principalement celles de 2022.
La part de la population utilisant un service d’eau potable géré en sécurité provient du Programme commun OMS/UNICEF de suivi de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (JMP), diffusé par la Banque mondiale sous l’indicateur SH.H2O.SMDW.ZS.

Les données disponibles sont principalement celles de 2024.
La corrélation est une mesure descriptive calculée sur les 29 pays disposant des deux indicateurs.

Elle ne démontre pas de causalité.

Limites

Les 54 pays ont été recherchés, mais les deux indicateurs ne sont pas disponibles pour tous. Les années de référence diffèrent selon les pays et selon les indicateurs.

Les sources de recoupement republient en partie les données des mêmes organismes internationaux ; elles vérifient la cohérence et le millésime, mais ne constituent pas toujours une mesure totalement indépendante.

Conclusion
L’Afrique ne manque pas uniquement de ressources en eau. Le défi est aussi de rendre ces ressources accessibles sous la forme d’un service d’eau potable sûr.

Date d’analyse : Août 2025

Analyse par Muriel BITOME & Généreux Tchiakpe

Septembre, 2026

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